Accord du participe passé accompagné de l'auxiliaire avoir lorsque le complément d'objet direct (COD) est antéposé : état des lieux dans les copies d'élèves
Christophe Benzitoun, membre de notre comité scientifique, et Lilie Peuchtein ont analysé 657 participes passés dans des copies d'élèves du CE1 au Master 2, à partir du corpus E-Calm disponible sur Écrivor. Que nous apprennent-ils sur ce fameux accord ?

Ce retour de recherche a été mené à partir de données issues d'Écrivor par Christophe Benzitoun — maitre de conférences à l'université de Lorraine (ATILF) et membre de notre comité scientifique — et Lilie Peuchtein, étudiante stagiaire en orthophonie.
Plusieurs études sur des productions écrites d'adultes, comme celle de Benzitoun et Flesch (2024), montrent que l'accord du participe passé accompagné de l'auxiliaire avoir lorsque le COD est situé avant le verbe est souvent soit non-marqué, soit erroné. Qu'en est-il des élèves ? Dans quelle mesure cet accord est-il réalisé dans leurs copies et à quel âge apparait-il ? C'est l'objet de notre analyse, pour laquelle nous avons étudié cet accord dans des phrases produites par des élèves du CE1 au Master 2 grâce au logiciel Écrivor. Elles sont issues de textes du corpus E-Calm, disponible sur Écrivor, et ont été compilées dans un tableau Excel.
Nous nous sommes principalement intéressés aux accords attendus et à ceux effectivement réalisés par les élèves. Nous avons également étudié des variables telles que la présence d'erreurs sur l'auxiliaire, les autres types d'erreurs produites (par exemple, le remplacement par un infinitif), l'audibilité de l'accord et l'ambiguïté du référent du COD. Enfin, nous avons souhaité comparer différentes classes d'âge. Au total, 657 participes passés ont été retenus pour l'analyse : 342 en classes de primaire, 142 au collège-lycée et 173 dans l'enseignement supérieur.
Chez les élèves de primaires, collégiens et lycéens, nous avons observé des pourcentages d'accords corrects relativement faibles dans les formes fléchies et une tendance à employer la forme non-fléchie, c'est-à-dire le masculin singulier. En excluant le masculin singulier comme forme correcte attendue, seulement 33 occurrences ont été correctement réalisées sur 158 possibilités (soit 21%). Les étudiants montrent quant à eux un pourcentage de réussite bien plus élevé (61 occurrences sur 92 possibilités soit 66%). Pour ces derniers, lorsque l'accord n'était pas correctement réalisé, nous avons observé systématiquement une forme équivalant au masculin singulier. Mais il est possible que le taux d'accord relativement élevé chez les étudiants soit lié principalement à l'usage du correcteur orthographique du traitement de texte, contrairement aux élèves des niveaux précédents qui ont tous recouru à l'écriture manuscrite.
Pour finir, il y avait 391 participes passés au masculin singulier attendus (soit 60%) pour 443 produits par les élèves (soit 68%). Si l'on ajoute à cela les cas où le COD n'est pas antéposé, on voit que la forme non-marquée est clairement la forme par défaut, ce qui explique la tendance des élèves à garder le participe passé invariable lorsqu'il est accompagné de l'auxiliaire avoir. Ce travail fera l'objet d'approfondissements ultérieurs.
Christophe Benzitoun (Maitre de conférences à l'université de Lorraine et membre de l'ATILF et du conseil scientifique d'Écrivor) et Lilie Peuchtein (étudiante stagiaire en orthophonie à l'université de Lorraine)